August 08, 2023

Port-au-Prince, le 08 Août 2023

Son Excellence, Monsieur Dmitry Polyanskiy,
Représentant de la Fédération de Russie auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies

Monsieur l’Ambassadeur,

Nous, Organisations et Personnalités signataires de cette lettre, voulons tout d’abord vous féliciter et vous remercier d’avoir
pensé à consulter les acteurs haïtiens sur le terrain afin de recueillir leurs opinions en ce qui concerne la question de l’envoi
d’une force armée d’occupation qui, comme annoncé, aurait pour mission, entre autres, de combattre les gangs armés et
rétablir un climat de sécurité en Haïti. Nous apprécions à sa juste valeur cette démarche remarquable visant une meilleure
compréhension de la réalité sur le terrain évitant ainsi de se laisser broyer par cette machine géante de propagande politique.

Nous profitons aussi de cette occasion pour vous remercier de votre engagement indéfectible et de votre intérêt investi à
aider à résoudre la crise actuelle qui perdure depuis trop longtemps en Haïti. Nous sommes très reconnaissants pour les
relations historiques qui existaient autrefois entre nos nations, en particulier lorsqu’Alexandre Ier de Russie a fait de votre
pays le premier à reconnaître l’indépendance d’Haïti au péril de son prestige et de sa dignité avec une décision aussi
hasardeuse impliquant le pays noir libre. Le peuple haïtien est encore plus reconnaissant de la position cohérente et correcte
de votre pays contre l’intervention militaire en Haïti lors des différentes réunions du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Votre position partagée par d’autres pays comme la Chine reflète le désir des haïtiens qui rejettent la vieille politique de
pansement d’intervention militaire en Haïti qui n’a apporté aucun changement ou stabilité réel, significatif et durable en
Haïti.

Nous vous exhortons, vous et votre pays, à continuer de voter contre tout déploiement immédiat d’une force armée
militaire en Haïti pour occuper un pays déjà marginalisé, exploité, enseveli dans le chaos total, le désespoir et la misère.

En ce sens, il nous paraît opportun de relever les points suivants :

Les gangs armés, outils de légitimation de l’occupation étrangère;

Pour préparer l’opinion publique nationale et internationale à accepter l’inacceptable, les gangs armés sont activement et
quotidiennement mobilisés en vue d’aider à créer le chaos actuel devant servir de justification à côté d’une certaine presse
nationale et internationale acquise à leur cause et chargée de faire marcher à merveille la grosse machine de propagande
destinée à assurer la fabrication du consentement et à légitimer cette dérive américano-onusienne.

Me. Ariel Henry n’a ni titre, ni qualité, ni légitimité, ni provision légale l’autorisant à engager notre pays dans cette aventure
dangereuse.

Nous tenons à vous informer que la demande illégale d’une intervention militaire qui sert de prétexte au Secrétaire général
de l’ONU, M António Guterres et à l’administration Biden a été formulée par un gouvernement haïtien de facto et décrié ;
ce gouvernement est prêt à tout pour assurer son maintien au pouvoir et continuer ainsi à opprimer le peuple haïtien au
profit de ses supporteurs internationaux. Une telle sollicitation est de nature à pénaliser encore plus le peuple haïtien et à
entraver la jouissance de son droit légitime à l’autodétermination reconnu par la charte même de l’ONU. Mr. Ariel Henry
est illégal, illégitime et largement impopulaire. Sa réputation est entachée par les rumeurs répétées de son association avec les
gangs. Les crises qui se chevauchent ont suscité des protestations de colère continues contre le gouvernement impopulaire.
Le peuple a appelé à travers de multiples manifestations et protestations au depart de Me. Ariel Henry qui usurpe au poste
de premier ministre. La population demande la fin d’un régime qui s’est livré à une corruption endémique, a collaboré avec
des gangs et a été impliqué dans l’assassinat de l’ancien président selon un rapport du New York Times publié le 14
septembre 2021. L’insécurité constituent son instrument politique pour affermir son pouvoir.

Il n’y a eu aucun sentiment d’urgence et aucune intention explicite du gouvernement d’éradiquer ou de contrôler les gangs
dans le pays. La situation n’a fait qu’empirer au cours des deux dernières années du gouvernement de facto d’Ariel Henry.
Indifférent et déconcerté par la situation dans le pays depuis son usurpation du pouvoir, suite au meurtre de Jovenel Moïse,
les gangs ont gagné en puissance, l’impunité règne et la situation ne cesse de se dégrader.

Des milliers de personnes ont été chassés et persécutés par les gangs accompagnés de leurs enfants, laissant leur maison pour
se réfugier dans les rues. Le gouvernement n’a prévu aucune assistance sociale à ces victimes. Le Canada et les États-Unis ont
sanctionné de nombreux individus, chefs de gangs et chefs d’entreprise qui ont soutenu et financé des gangs et leurs activités.
Me. Ariel Henry n’a pris aucune mesure pour traduire ces personnes en justice ou les obliger à rendre des comptes. La
demande de Me. Ariel d’une intervention militaire internationale en Haïti est une autre tentative de conserver le pouvoir en
utilisant la communauté internationale comme son pont aux dépens du peuple haïtien. La force internationale munie
d’immunité, sous son commandement, ne fera que remplacer les gangs qui sont devenus trop emcombrants pour son regime.

Le non-respect par les Etats-Unis d’Amérique de la Résolution 2653(2022) adoptée depuis octobre 2022 par le Conseil de
Sécurité relative au trafic d’armes vers Haïti.

Une enquête de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) atteste que les armes et munitions utilisées
par les gangs à des fins terroristes contre la population proviennent surtout des Etats-Unis d’Amérique. Il suffit d’obtenir
l’arrêt immédiat de l’approvisionnement en armes et munitions des gangs qui sèment la terreur en toute impunité et en toute
quiétude pour parvenir rapidement à bloquer leurs actions criminelles. Si le gouvernement américain accepte enfin
d’appliquer effectivement au niveau de ses ports et aéroports les mesures de contrôle nécessaires et particulièrement la
Résolution 2653 (2022) adoptée par le Conseil de Sécurité le 21 octobre 2022 interdisant le trafic d’armes des Etats-membres
de l’ONU vers Haïti , les gangs seront inopérants. Une fois coupées leurs principales sources d’approvisionnement en armes
et munitions et leurs financeurs-euses paralysés, les gangs seront certes incapables de continuer à semer la terreur, de bloquer
les routes, de kidnapper, massacrer la population, maintenir et renforcer l’insécurité.
« La priorité absolue pour résoudre la crise en Haïti est de stabiliser la situation sécuritaire. L’afflux massif d’armes et de
munitions en Haïti en provenance de l’étranger est un facteur important qui alimente la violence endémique des gangs. S’il
n’est pas arrêté, aucun montant de soutien à la police haïtienne ne fera de différence. À la demande et à l’insistance répétées
de la Chine, la résolution qui vient d’être adoptée exhorte vivement tous les pays à cesser immédiatement de fournir des
armes et des munitions aux gangs haïtiens et à leurs partisans et à prendre toutes les mesures pour freiner le trafic et la
contrebande d’armes » (Geng Shuang – chinois : 耿爽 ; pinyin : Gěng Shuǎng ; Représentant permanent adjoint de la Chine
auprès des Nations Unies.).

La complicité du gouvernement d’Ariel et de la Police Nationale d’Haïti.

L’un des plus grands défis de l’insécurité, des enlèvements et des crimes auxquels le pays est confronté est la complicité des
autorités et du gouvernement actuel. Suivant des informations publiques, les gangs sont au service et opèrent sur commande
notamment du pouvoir en place, ainsi que du Core Group dirigé par les USA. Il est rapporté que depuis le 15 janvier 2023,
Vitelhomme INNOCENT ( Un des plus puissants chefs de gangs )– présenté par plus d’un comme le protégé de Frantz
ELBE ( Le Directeur Général de la Police) et de certains autres haut-gradés de la PNH – circule dans un cortège composé
entre autres de deux (2) véhicules portant respectivement des plaques d’immatriculation Service de l’Etat et Officiel et d’un
véhicule de l’institution policière de marque Toyota Pick-up double cabine immatriculé 1-01191 clairement identifié comme
appartenant à la PNH.

Force est d’admettre qu’en cherchant par tous les moyens à imposer l’occupation étrangère, l’ONU et les USA n’ont
aucunement la volonté d’aider le peuple haïtien à éliminer les gangs armés pour ramener la sécurité mais de préférence
cherchent à se donner un autre moyen de mieux écraser le peuple, le soumettre à leurs diktats et tenir la voie libre pour
l’exploitation des richesses du pays en toute quiétude et impunité.

Rejet de l’ingérence étrangère et respect de son droit à l’autodétermination

L’intervention militaire injustement sollicitée et à laquelle s’accrochent le secrétaire général et les USA ne saurait en aucune
manière garantir la paix et la sécurité ou combattre les gangs armés en mission. Haïti a connu déjà diverses expériences
douloureuses d’intervention militaire qui n’ont fait qu’empirer sa situation. Des dizaines de milliers de familles haïtiennes
gardent encore le goût amer du lourd tribut laissé par les diverses missions onusiennes d’occupation, particulièrement celle
dénommée MINUSTAH qui a introduit le fléau meurtrier du choléra en 2010. De plus, cette intervention armée s’inscrit
dans un projet impérialiste de consolidation du pouvoir en place rejeté par le peuple.
Elle consiste, en particulier d’un plan stratégique et machiavélique de renforcement de la tutelle imposée par les puissances
impérialistes en vue de parvenir à un contrôle politique systématique d’Haïti.

Solutions – Le cri du peuple Haitien

Le Départ du Premier Ministre de facto Ariel Henry

Tout effort international pour rétablir l’ordre en Haïti doit s’accompagner d’un changement d’administration et ne pas
soutenir l’actuel gouvernement illégitime d’ Ariel Henry. Par conséquent, le peuple haïtien en souffrance mais en lutte exige le
départ sans condition de cette équipe gouvernementale corrompue, criminelle, discréditée et une Haïti souveraine, libérée de
l’ingérence des puissances impérialistes. Il ne veut plus de Monsieur Ariel Henry qu’il a déjà rejeté à cause de son incapacité,
de son insensibilité, de son inhumanité, de sa trahison et de la servilité avec laquelle il exécute, au détriment des intérêts
nationaux, les diktats funestes du Core Group qui l’a flanqué, contre la volonté populaire, à la tête de notre pays.

Un Gouvernement de Transition et de consensus pour résoudre la crise politique. Solution Constitutionnelle.

Haïti n’a pas de problème de sécurité. Haïti a un problème de leadership. Il est nécessaire de rechercher des solutions
constitutionnelles, institutionnelles et démocratiques pour faire face à l’instabilité socio-politique que traverse le peuple haïtien
pour garantir le respect de la démocratie et de l’État de droit. La solution à cette crise politique en cours se trouve dans
l’application de la constitution haïtienne de 1987 jamais amendée et un consensus national pour former un gouvernement de
transition. L’application de la Constitution de 1987 s’inscrit dans une démarche visant à garantir une solution
constitutionnelle susceptible d’asseoir la confiance et l’adhésion de la population dans cette sortie, conditions indispensables et
obligatoires afin de réaliser des élections légales, crédibles, juste impartiales , inclusives et légitimes.

Le corpus juridique et la constitution haïtienne exigent un gouvernement bilatéral. La Constitution de 1987, article 149,
prévoyait un mécanisme de remplacement du Président de la République selon lequel : « En cas de vacance de la Présidence de
la République pour quelque cause que ce soit, le Président de la Cour de cassation de la République ou, en son absence, le
vice-président de cette Cour ou en son absence, le doyen des magistrats et ainsi de suite par ordre d’ancienneté, est investi
provisoirement de la fonction de président de la République […] » ; La Cour de cassation est la la plus haute instance du
pouvoir judiciaire de la République d’Haïti, la seule institution démocratique subsistante aujourd’hui.Le pays a eu des
précédents et des expériences positives avec la Cour de Cassation dans le passé, notamment à travers la Présidente Ertha
Pascale Trouillot en 1990 et le Président Boniface Alexandre en 2004 qui ont organisé des élections crédibles dans le pays qui
confrontaient des crises politiques semblables. Aucune solution n’est possible à travers des accords et consensus qui ne sont
pas inclusifs, légaux ou constitutionnels.

Support adéquat aux forces de sécurité – Police Nationa d’Haiti – PNH

Les problèmes de sécurité du pays ne peuvent être résolus qu’avec un engagement fort du leadership de la Police Nationale
d’Haïti supporté par un gouvernement légitimement digne de confiance. Les forces de sécurité du pays ont besoin de
financement, d’équipement et un armement adéquat. De plus, une réforme de la police s’impose pour purger l’institution des
agents corrompus qui ont des connivences avec les gangs. La PNH a également un besoin urgent de formation bilatérale,
d’augmentation du personnel, de rétablissement de confiance, une forte augmentation de policiers, d’assistance technique et
logistique pour aider à éradiquer les gangs et maintenir la paix et la sécurité dans le pays. Des policiers ont vecu des mois sans
salaire tandis que le gouvernement se sit prêt à recevoir une force d’intervention qui coûtera $200 à $400 Millions US.
Respect de la Résolution 2653(2022) adoptée en octobre 2022 par le Conseil de Sécurité relative au trafic d’armes vers Haïti.
Il est impératif que chaque nation fasse preuve d’un réel engagement et d’une détermination à combattre les gangs en Haïti.
Cet engagement commence par l’arrêt du trafic et des détournements illégaux d’armes à feu en Haïti, en particulier au
provenance des États-Unis. Ce régime de sanctions serait plus efficace s’il était respecté et pleinement mis en œuvre par tous
les pays engagés, en applicant aussi la saisie des actifs et biens des personnes qui ont été sanctionnées le Canada par les Etats
Unis selon le prescrit de la resolution.

Vous remerciant à l’avance de l’attention que vous porterez à la présente, nous signataires, vous prions d’agréer, Monsieur
l’Ambassadeur, l’expression de notre haute considération.